Sarah Navasse

Sarah Navasse

 

Le lieu d’ou l’on vient est important, même s’il ne faut pas y rester comme dans un Eden, utopique dans sa pureté. Pour ma part, c’est l’univers du vitrail que j’ai côtoyé depuis l’enfance, puis dans lequel je me suis investie dans mes premières années adulte. Ce qui m’en est resté, ce sont d’abord les cartons grandeur nature des formats monumentaux pour les églises. C’est ensuite ce répertoire d’images biblique, de compositions et d’allégories. C’est également le travail de la lumière qui passe au travers de la grisaille et sculpte les formes dans des atmosphères éblouissantes ou obscures. C’est enfin le passage du temps, la décomposition (fragments cassés et panneaux lapidaires) et la recomposition par des siècles de vies et des chantiers de restaurations successifs. Un panneau du 16e siècle peut ainsi ressembler à une “macédoine”, avec un mélange de fragments du 19e et du début du 20e. Et l’on peut se demander aujourd’hui: que faut-il préserver? Les étapes successives font autant partie de l’histoire que l’original. Ma démarche actuelle mets en jeu tous ces questionnements, dans le processus de création lui-même (transformations d’une image en évolution qui disparait et se transforme), et par les sujets (juxtapositions d’éléments issus de plusieurs temps et lieux géographiques). L’absence prend donc une place toute aussi importante que la présence, encourageant une méditation sur le flux entre permanence et fugacité, et entre les actions de voiler et dévoiler.

Au cœur de ma pratique se trouve un intérêt pour la gestuelle et le langage corporel de la figure humaine, avec la conviction que le corps s’exprime avant la parole et que dessiner des êtres humains nous renvoie au monde auquel nous appartenons. Consciente de la longue histoire en matière de figuration, je procède donc dans mes dessins au mélange des références historiques avec des fragments particuliers du quotidien, explorant ainsi des mythes contemporains, et créant continuellement de nouvelles versions d’histoires passées. Dernièrement, mes travaux se sont enrichis de références élargies. Au-delà des références classiques occidentales, de peinture européenne ou de sculpture du moyen-âge se sont inscrits des reliefs mauresques ou des miniatures indiennes. Au-delà des êtres de mon entourage qui me servent de modèles depuis des années en offrant des bribes d’intimité riches d’une large palette d’émotions, viennent se mêler des sources tirées des medias ainsi que des photos prises au téléphone d’étrangers dans l’anonymat de l’espace public. Mes décors sont des paysages de montagnes, de roches, de mers, ou de rivages aux eaux limpides, troubles ou boueuses. Mes personnages sont des touristes, des migrants, des passants, des grimpeurs professionnels ou encore des proches. Les objets sont des couvertures fleuries, des chaises de plastique, des curseurs d’écrans, ou des montagnes d’ordures. Les approches picturales peuvent être réalistes, stylisées, pixélisées, enfantines.... Détachées de leurs contextes, ces images si voient vidées de leur sens initial pour acquérir d’autres niveaux de signification. Ce mélange permet, je l’espère, une parole intime dans son énonciation, et solidaire dans son regard sur le monde.

Sarah Navasse est née en France en 1985 dans une famille de maîtres verriers et grandit ainsi au contact de vitraux, un domaine entre l’art et l’histoire. Ses études poursuivent ces deux voies : elle obtient sa maîtrise à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne en histoire de l’art, puis décide de s’investir pleinement dans sa pratique plastique et obtient son Masters of Fine Arts à l’American University (Washington DC, États-Unis) en 2011.

Elle est nommée Membre de l’Académie Française à la Casa de Velázquez à Madrid en 2014, puis est présentée par Vladimir Velickovic au Prix Marin en 2015, et travaille depuis 2015 à Paris où elle est représentée par la galerie Vitoux.

Quelques unes des expositions auxquelles elle a participé: Le Che a Paris (relectures de La Nef des Fous), Hôtel de Ville de Paris, Navasse, Bourdreux, Griffon du Bellay et Vladimir Velickovic, Galerie Vitoux, Paris, SALO V, Galerie Épisodique, Paris (Commissariat: Laurent Quenehen), Regards, Galerie Vitoux, Paris, Constellations, Galerie Insula, Paris, Prix Marin, Espace Julio Gonzales, Arcueil, LuxArtFair, stand de la galerie Vitoux, Luxembourg, Entrelacs, Collectif Zamaken, galerie Valérie Delaunay, Paris, Éclaircies, exposition collective galerie Vitoux, Paris, Égarements, Galerie Vitoux, Paris, 8 artistes de la Casa de Velázquez, Musee Dobrée, Nantes, Le dessin dans tous ses états, Château des Bouillants, Dammary-les- Lys, Prix David Weill 2015, Institut de France, Paris, Strange Paradise, National Juried Exhibition, First Street Gallery, NYC, E-U, Curso de Pintores, Palacio Quintanar, Ségovie, Espagne, Itinerancia 2015, Salle de la Comtesse de Caen, Académie de France, Paris, Monastère de Santa Maria de Veruela, Saragosse, Artistas de la Casa de Velázquez, Fuendetodos, Saragosse, Por Venir, Casa de Velázquez, Madrid, ESTAMPA, Foire d’art multiple, stand Casa de Velázquez, Matadero, Madrid, Humaine Nature, Galerie Vitoux, Paris.